lundi 11 février 2019

Manichéisme

   « On  ne peut juger une personne à l’aune de ses vicissitudes. Bonne et mauvaise fortune sont affaires de destin. L’itinéraire d’un homme est fait de bonnes et mauvaises actions, dont les conséquences sont une leçon de morale. »
(« Hagakure. Jôchô Yamamoto. 1659-1719)

   Je me désole souvent des vues manichéennes de chacun… On oppose souvent les bons sentiments aux mauvais sentiments, les bonnes situations aux mauvaises situations, les bonnes personnes aux mauvaises personnes… C’est là une étrange vue du monde, selon moi ; je la trouve même simpliste, infantile.
   Comme si c’était aussi figé qu’on voudrait nous le faire croire…

   Eh bien, moi je dis « non » : je refuse d’opposer le noir contre le blanc, l’ombre contre la lumière.
   Et je dis « oui » : je glisse parfois une opposition à ces propos qui se veulent lumineux et vierge de toute obscurité. Ces mots de lumière qui piétinent l’obscurité.

   Dès l’enfance j’ai saisis l’étroitesse de cette approche. Je me suis dressé contre cette religion qui mettait en face-à-face « le bien » et « le mal ». Je me suis opposé à cet arbitraire attitude qui rejette la divergence (« pléonasme », me direz-vous…). Bref, j’ai perçu le monde comme hostile, faisant par cela même le jeu manichéen…

   Je suis persuadé que rien n’est aussi délimité, cloisonné… Tout est imbriqué : le bien, le mal, la lumière, l’obscurité… Tout en alternance, en mouvement cyclique… Ce qui est figé est mort, sans intérêt.

   Ainsi, je ne m’arrête que fort peu sur ce qui est figé ; le temps, peut-être, d’essayer de rendre l’inerte vivant ?...

14 commentaires:

  1. Tu as parfaitement raison de souligner que la religion est responsable en grande partie de ce manichéisme insupportable...
    L'américanisme aussi, qui a tendance à délimiter le monde en deux parties: les bons yankees, et les autres.
    « Je glisse parfois une opposition à ces propos qui se veulent lumineux et vierge de toute obscurité. Ces mots de lumière qui piétinent l’obscurité.»
    J'aime les mots de lumière. Mais je ne méprise (ni ne piétine) absolument pas les mots d'ombre, ayant moi-même une grande part obscure en moi...
    Je crois que dans les blogs, on trouve quand même davantage qu'ailleurs des gens qui sont conscients de leur ambivalence... Peut-être parce qu'écrire ouvre l'esprit et le coeur ? Peut-être parce que la confrontation des idées permet cette ouverture ?
    Bien à toi
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. Célestine,
      Ce serait tellement beau si cela était (pour l'attitude dans les blogs)... J'ai plusieurs fois été invité à ne plus commenter certains blogs qui prônait l'amour de l'autre (ce devait être l'amour de soi, sans doute).
      Mais il y a des gens équilibrés tels que toi : avec une part de lumière et d'obscurité, ce qui fait que tu es une personne à l'écoute...
      Merci de ton commentaire.

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  2. La religion peut aussi nous apprendre à être tolérant.
    Par exemple, d'après l'évangile selon St Jean, Jésus aurait dit "que celui qui n'a jamais péché lui jette la première pierre".
    ;-)

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    1. Mme Chapeau : je pense qu'il vaudrait mieux ne pas confondre le message du Christ, qui est Amour, et la religion, c'est à dire ce que les hommes ont fait de ce message... ;-)
      •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    2. @ Mme Chapeau.
      Ah la religion... et les écrits. Vais-je taire ce sujet ou en faire un billet ?... Je vais faire un raccoucis en attendant : je me suis apostasié, parce que je ne supportais pas l'influence toxique de la religion...
      ;-)

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    3. @ célestine,
      Ta réponse à Mme Chapeau m'a amusé... Puis-je relevé que le message du Christ a été répété par ces hommes qui ont modulés la religion selon les influences politiques et mercantiles ?...
      :-)

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  3. La pensée dualiste a le mérite d'être un bien grand confort…
    il n'y a que deux camps, deux choix,
    et il faut bien reconnaître que le confort… est confortable…
    Je pense qu'il n'est guère possible d'y échapper. C'est un conditionnement qui s'installe très tôt dans une éducation. La notion du bien et du mal remonte à la nuit des temps. Et pas que dans les systèmes religieux…

    Le système mène le monde en tant que collectif : Les bons/les mauvais, les pauvres/les riches, les exploiteurs/les exploités, les bons Français/tous les autres ! ;-)… Etc.

    Mais si on s'intéresse à la manière dont est « fabriquée » la personne humaine et son psychisme on s'aperçoit qu'il en va tout autrement.
    Le concept de bon ou mauvais n'est pas un référentiel dans cet ordre-là.
    Pas la peine que je fasse des dessins, tout le monde le sait...
    et puis dans l'ordinaire du temps c'est comme dans la chanson : « j'y pense, et puis j'oublie »…

    Pour ma part, en matière de déploiement de la personne, et donc de l'humanité, j'ai une maxime quelque peu poil à gratter :
    — Aucun acte n'est neutre, il est, où il n'est pas, dans le sens du déploiement du potentiel humain. Aucun acte.

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    1. Aaah... Cher Alain.
      Nous sommes en résonance (j'ai failli écrire en raisonnance. Je ne compte pas les fois où j'ai été classifié comme "toxique" "négatif" etc. Pourtant mon point de vue est-il à ignorer ?
      Il me plait parfois de confronter le bien et le mal du point de vue du mal... Cela donne quelque chose comme cela :
      Pour le gentil, le méchant est mauvais, à éliminer ! Mais pour le méchant, le gentil est mauvais, à éliminer ! Ainsi, l'opposé (quand il est rejeté) est l'autre, mais aussi soi : identiques.
      Je sais, je suis retors...
      :-)

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  4. @ Gilles:
    Même si je n'utilise jamais ce mot, je suis également une "apostasiée" (j'ai fait des démarches pour que mon nom soit retiré des registres de l'église catholique) mais je n'ai pas jeté le bébé avec l'eau du bain.
    Sourire.

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    1. Moi je jette volontiers le bébé et l'eau du bain, il faut du renouveau ! MdR...

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  5. Tout à fait d'accord avec tes propos !!Pourquoi s'en fermer dans des appréciations souvent erronées d'ailleurs. Je suis de ceux qui pensent que la vérité n'existe pas.

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    1. Daniel,
      Et s'il y avait autant e vérité qu'il y a d'individu ?...
      ;-)

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  6. "Tout est imbriqué : le bien, le mal, la lumière, l’obscurité…"
    Je suis d'accord avec ce que tu as écrit, Gilles. Rien n'est entièrement bon, rien n'est entièrement mal, rien n'est figé. Et pourtant c'est ce que nous faisons bien souvent, enfermer quelqu'un dans un mauvais rôle alors qu'il suffit parfois d'un rien pour découvrir la lumière qui est en lui.
    Un billet très intéressant.

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    1. Merci de ta réflexion... Comme beaucoup d'entre nous, j'ai été étiqueté enfant, mis à l'écart, raillé... Cela m'a permis sans doute de prendre conscience de la bêtise de la foule, de "l'effet de groupe"... Va savoir !
      :-)

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